Recevoir une mise en demeure pour des travaux irréguliers ne signifie pas qu’il faut démolir immédiatement. Il faut en revanche agir rapidement. La décision peut imposer une régularisation, la modification des travaux ou leur suppression dans un délai déterminé. Elle peut aussi prévoir une astreinte quotidienne.
La première étape consiste à comprendre ce qui est reproché, ce que la commune exige et à quelle date le délai expire. Les travaux doivent ensuite être comparés à l’autorisation délivrée, au plan local d’urbanisme et aux faits constatés par l’administration.
En bref
• Une mise en demeure fondée sur l’article L. 481-1 du Code de l’urbanisme suppose notamment qu’un procès-verbal d’infraction ait été dressé et que l’intéressé ait pu présenter ses observations.
• L’administration peut demander une régularisation ou une mise en conformité, éventuellement sous astreinte pouvant atteindre 1 000 euros par jour dans la limite totale de 100 000 euros.
• Un recours ne suspend pas automatiquement la décision. Si son exécution risque de produire rapidement des effets irréversibles, un référé-suspension peut être envisagé avec le recours au fond.
Le cadre de la mise en demeure d’urbanisme
La mise en demeure prévue par l’article L. 481-1 du Code de l’urbanisme est une mesure de police administrative. Elle permet à l’autorité compétente en urbanisme, le plus souvent le maire, d’exiger qu’il soit mis fin à une irrégularité constatée.
Elle peut viser des travaux réalisés sans permis ou sans déclaration préalable, mais aussi une construction qui ne respecte pas l’autorisation délivrée. Cette procédure est indépendante d’éventuelles poursuites pénales. Un procès-verbal d’infraction doit toutefois avoir été dressé et l’intéressé doit avoir été invité à présenter ses observations.
La mise en demeure se distingue de l’arrêté interruptif de travaux. Ce dernier arrête un chantier en cours. La mise en demeure organise le traitement de l’irrégularité, par une régularisation ou une remise en conformité.
Les mesures que la commune peut imposer
L’administration peut demander le dépôt d’un permis ou d’une déclaration préalable de régularisation. Elle peut aussi imposer des travaux de mise en conformité. La mesure retenue doit être adaptée à l’irrégularité et aux moyens permettant d’y remédier.
Le Conseil d’État admet que la mise en conformité puisse comprendre les démolitions nécessaires. Il ne s’agit pas pour autant d’un pouvoir général de démolition immédiate. La mesure doit rester limitée à ce qui est nécessaire pour rétablir la conformité, comme l’a précisé sa décision du 22 décembre 2022.
| Mesure notifiée | Effet concret | Point à vérifier immédiatement |
|---|---|---|
| Dépôt d’une autorisation ou d’une déclaration | Présenter un dossier visant à régulariser les travaux | Compatibilité du projet avec les règles applicables et contenu exact du dossier demandé |
| Mise en conformité | Modifier ou retirer tout ou partie des travaux | Correspondance entre les mesures prescrites, l’irrégularité constatée et les plans existants |
| Astreinte | Somme due pour chaque jour de retard | Date de départ, montant quotidien, plafond et conditions permettant d’établir l’exécution |
| Consignation | Versement d’une somme correspondant au coût des travaux | Évaluation du coût et modalités de restitution |
| Exécution d’office | Intervention de l’administration aux frais de l’intéressé | Conditions légales liées notamment à la sécurité, à la santé ou à la localisation |
Les premières vérifications après réception
La preuve et la date de notification doivent être conservées. Elles déterminent le délai d’exécution et le délai de recours. Le dispositif de l’arrêté permet ensuite d’identifier ce que demande exactement l’administration.
Il faut aussi retrouver le procès-verbal, la date du constat et l’invitation à présenter des observations. La décision peut être contestable si une formalité manque ou si les mesures ordonnées ne correspondent pas aux faits constatés.
Enfin, l’autorisation initiale, les plans, les photographies, les mesures réelles et le PLU doivent être comparés. Cet examen permet de vérifier l’irrégularité et d’identifier une solution. Le guide consacré aux travaux soumis à autorisation d’urbanisme aide également à distinguer permis et déclaration préalable.
Le choix entre régularisation, mise en conformité et recours
Une régularisation est adaptée si le projet peut respecter les règles en vigueur. Sa faisabilité dépend notamment du zonage, de l’implantation, du gabarit et des servitudes. Un dépôt précipité reste déconseillé si la situation est mal qualifiée ou si le dossier paraît voué au refus.
Une modification des travaux peut être plus simple lorsque quelques adaptations suffisent. À l’inverse, un recours peut être justifié si l’administration se fonde sur des faits inexacts, méconnaît la procédure ou impose une mesure inadaptée. Ces options peuvent parfois être combinées.
Le délai fixé doit tenir compte de la nature de l’infraction et des moyens nécessaires pour la corriger. L’autorité peut le prolonger, dans la limite d’un an, si des difficultés concrètes sont justifiées. La demande doit être présentée avant l’échéance, avec des devis, un calendrier professionnel ou des éléments techniques. Sans réponse écrite, le délai initial doit être considéré comme maintenu.
L’article consacré aux travaux sans autorisation d’urbanisme présente les autres conséquences administratives, civiles et pénales susceptibles de s’ajouter à cette procédure.
Les conséquences d’une absence de réaction
La mise en demeure peut être assortie d’une astreinte pouvant atteindre 1 000 euros par jour, dans la limite de 100 000 euros. Lorsqu’elle est prononcée après l’expiration du premier délai, l’intéressé doit à nouveau pouvoir présenter ses observations. L’astreinte court à compter de la notification de la décision et fait l’objet de liquidations trimestrielles.
L’administration peut également infliger une amende allant jusqu’à 30 000 euros. Le défaut d’exécution peut donner lieu à une autre amende du même plafond. Une consignation correspondant au coût estimé des travaux peut aussi être exigée.
L’exécution d’office reste limitée à certaines situations. Une démolition administrative suppose notamment qu’aucune régularisation technique ne soit possible, que l’installation relève des hypothèses prévues par le texte et que le président du tribunal judiciaire l’autorise. Une mise en demeure ne conduit donc pas automatiquement à une démolition forcée.
Le recours devant le tribunal administratif
La mise en demeure peut faire l’objet d’un recours devant le tribunal administratif, en principe dans les deux mois suivant sa notification. Les mentions de la décision et les conditions de sa réception doivent néanmoins être vérifiées.
Le recours peut invoquer l’absence de procès-verbal, le non-respect du contradictoire, l’incompétence de l’auteur, l’inexactitude des faits, l’erreur de droit ou l’inadaptation des mesures prescrites.
Ce recours ne suspend pas l’exécution. Un référé-suspension peut être déposé si l’urgence le justifie et si un argument crée un doute sérieux sur la légalité de la décision, conformément à l’article L. 521-1 du Code de justice administrative. Lorsque la décision impose nécessairement une démolition, l’urgence est en principe reconnue, sauf circonstance particulière. Il faut toutefois présenter un moyen sérieux, comme le rappelle la décision du Conseil d’État du 11 décembre 2023.
Il est risqué d’attendre la liquidation de l’astreinte. Une mise en demeure devenue définitive ne peut généralement plus être contestée à l’occasion du seul recours contre le titre de perception.
Questions fréquentes
Une mise en demeure d’urbanisme est-elle une condamnation pénale ?
Non. Il s’agit d’une mesure administrative qui peut intervenir sans condamnation pénale et indépendamment de poursuites devant le tribunal correctionnel.
Le maire peut-il ordonner la démolition des travaux ?
La mise en conformité peut nécessiter une démolition si aucune autre mesure ne corrige l’irrégularité. En revanche, une démolition exécutée d’office obéit à des conditions particulières.
Le dépôt d’un permis de régularisation arrête-t-il l’astreinte ?
L’article L. 481-2 prévoit que l’astreinte court jusqu’à la justification des opérations prescrites ou des formalités permettant la régularisation. Les justificatifs doivent donc être transmis rapidement à l’administration.
Quel peut être le montant de l’astreinte ?
L’astreinte peut atteindre 1 000 euros par jour, avec un plafond total de 100 000 euros. Son montant doit être modulé selon l’ampleur des mesures prescrites et les conséquences de leur inexécution.
Combien de temps ai-je pour contester la décision ?
Le délai de droit commun est en principe de deux mois à compter de la notification. Les mentions de la décision et la preuve de sa réception doivent toutefois être vérifiées.
Un référé peut-il suspendre la mise en demeure ?
Oui, avec un recours au fond, une urgence et un argument créant un doute sérieux. La décision continue néanmoins de s’appliquer tant que le juge ne l’a pas suspendue.
Agir avant que la situation ne devienne irréversible
Une mise en demeure d’urbanisme est à la fois un problème technique et une décision susceptible de recours. Il faut déterminer si les travaux peuvent être régularisés, si une adaptation matérielle est réaliste et si la procédure est régulière. Cette analyse permet de répondre avant l’échéance, de demander un délai ou de saisir le tribunal administratif.
Maître François Bas accompagne particuliers, professionnels et personnes publiques dans les litiges relatifs aux travaux et autorisations d’urbanisme. Si vous avez reçu une mise en demeure, vous pouvez contacter le cabinet en transmettant la décision, sa preuve de notification, les échanges antérieurs, l’autorisation initiale et les plans des travaux réalisés.
Article rédigé par Maître François Bas, avocat en droit de l’urbanisme et contentieux administratif
Date de publication : 14 octobre 2026
Pour poursuivre votre lecture
Pour une vue d’ensemble, consultez notre guide du droit de l’urbanisme.

